GRENADE, VALLADOLID, MADRID : trois exemples d’agriculture urbaine en Espagne

De Portail de l’initiative de la Francophonie pour des villes durables (IFVD)
Aller à : navigation, rechercher
Espagne.jpg
Espagne
Pays Espagne
Situation géographique 40° 26′ N, 3° 42′ O
Superficie (km2) 505 911
Population (Année de référence) 48 958 141 hab
Activités économiques Agriculture, tourisme
Nom et adresse de l'auteur du cas Isabel De Felipe et al

Présentation générale du cas

Trois (3) situations différentes en termes de formes d’agriculture urbaine en lien avec les traditions agricoles locales sont décrites dans cet article: Il s'agit des agglomérations de Grenade, Valladolid, Madrid.

Contexte et justification

  • L’agglomération urbaine de Grenade

L’agglomération urbaine de Grenade comprend la ville de Grenade elle même et 32 municipalités associées, avec plus de 500 000 habitants, et une densité de 573 habitants/km², 45 % de la population vivant dans le centre urbain et le reste dans les autres municipalités. Les activités économiques dans la ville sont principalement les services (73 % des emplois) et seulement 4 % des actifs travaillent dans l’agriculture. Les municipalités périphériques abritent une agriculture traditionnelle à base de maïs, tabac, luzerne. Mais à proximité de la capitale, on trouve des fermes urbaines, des immeubles comprenant de l’agriculture alors que les fermes traditionnelles sont abandonnées ou sont devenues des jardins urbains.

Enjeux soulevés par le cas

Des actions institutionnelles ont délimité des zones libres de bâtiments, en distinguant deux types : une zone pour la protection de l’environnement (dotée d’une valeur environnementale reconnue) et l’autre pour la protection du territoire (dotée d’une valeur agraire et d’autres valeurs spécifiques). Une autre mesure digne d’intérêt est le plan pour le développement de l’agriculture biologique dans la Vega de Grenade.

Problématique de la durabilité urbaine 

L’agriculture biologique est bien implantée dans la région de Grenade, avec 50 fermes conventionnelles converties à l’agriculture biologique ainsi que des jardins urbains, qui ont ensemble développé un marché de produits biologiques. Les jardins urbains sont publics ou privés. Les jardins publics sont mis à disposition de populations présentant certains profils socio-économiques (retraités, chômeurs) pour des périodes de 2 à 5 ans, Ils sont mis à disposition gratuitement mais avec l’obligation de donner une partie de la production à des associations caritatives. Les jardins privés paient, eux, des charges et disposent ou pas d’une aide technique, d’outils, de fumier et d’accès à l’eau, voire d’autres services comme des toilettes, un gardiennage ou des barrières.

La région de Grenade essaie de combiner l’économie, les loisirs et d’autres activités à travers différents groupes de pression, dont celui de « Sauvons la Vega » auquel participent une cinquantaine de groupes d’étudiants, d’agriculteurs biologiques, de féministes, etc.

L’agriculture urbaine à Valladolid La municipalité de Valladolid et l’INEA3 (institut agronomique) ont inauguré en 2005 un programme de jardins urbains biologiques, comportant 430 jardins. Cette activité a reçu un très bon accueil de la population.

Pourcentage des formes d’agriculture

Acteurs et perspectives de développement urbain

L’organisation mise en place permet un accès facilité à la terre, à l’eau, aux espaces de communication, et édicte les règles qui doivent être suivies par les usagers. Un groupe de techniciens conseille les jardiniers sur les pratiques culturales biologiques et reçoit périodiquement des informations en retour sur ces pratiques.

Au-delà des activités agricoles, le programme organise aussi des événements culturels, religieux, récréatifs. Il dispose d’un marché solidaire pour vendre les produits et l’argent récolté est donné à une œuvre caritative. La plupart de ces jardiniers pratiquent cette activité comme un loisir, à des fins alimentaires et pour avoir une activité physique. Beaucoup d’entre eux dégagent des surplus de production donnés aux amis et parents, ce qui est très apprécié en période de crise économique. Pour ceux de ces jardiniers qui sont d’origine rurale, la nostalgie de la terre est aussi une motivation. Chacun accomplit ses tâches agricoles individuellement, en y passant de l’ordre de 2 heures par semaine, les membres de la famille participant aussi aux événements festifs organisés sur le site.

Orientations stratégiques

La biodiversité cultivée dans ces parcelles est plus élevée que dans les zones rurales, avec une moyenne de 10 cultures différentes par parcelle - légumes, fruits, plantes aromatiques et fleurs. On est généralement à l’équilibre entre coûts et bénéfices. La plupart des jardiniers dépensent environ 20 euros par semaine dans la parcelle, l’économie alimentaire hebdomadaire réalisée étant de l’ordre de 15 euros. Mais la satisfaction de produire par soi même surpasse l’aspect strictement économique.

L’origine et l’activité professionnelle de ces jardiniers urbains de Valladolid influencent leurs motivations. Ceux qui viennent de zones rurales (60 %) avec une expérience agricole préalable ressentent le mal du pays et cherchent à revivre à travers le jardin certaines de leurs traditions. Pour les urbains sans lien direct avec le monde rural, la motivation est plutôt de réaliser une nouvelle activité en lien avec la nature, ce pourquoi ils ont besoin d’une phase d’apprentissage.

La plupart d’entre eux sont employés dans les services (commerce, restauration, enseignement), d’autres dans l’industrie. Leurs pratiques sont souvent empiriques et des appuis techniques doivent leur être apportés en fonction de l’expérience et des besoins de chaque groupe. Du fait de la forte demande sociale autour de ces jardins urbains, il serait souhaitable de poursuivre l’expérience dans d’autres quartiers de la ville. Pour aller vers l’autosuffisance, les jardiniers devraient néanmoins augmenter les rendements, leur capacité technique et de management, et pouvoir donner une orientation commerciale à leur production, afin de générer des revenus. En cas de surplus, ceux-ci peuvent être donnés à des institutions (hôpitaux, écoles, crèches) ou vendus à des restaurants et des boutiques gastronomiques qui apprécient les produits biologiques.

Jardins urbains dans les régions autonomes d’Espagne

Moyens de mise en œuvre

  • L’agriculture urbaine à Madrid

Pour comprendre l’évolution de l’agriculture urbaine à Madrid, il faut se référer à différentes actions entreprises dernièrement :

- les politiques publiques relatives à l’AU, telles que les jardins dans les écoles comme ressource pédagogique. Madrid a mis en place un programme « Éduquer aujourd’hui pour un Madrid plus durable », programme de création de jardins scolaires biologiques, impliquant en 2010, 41 écoles, 14 000 élèves de tous niveaux et 130 éducateurs. Près de 2 500 personnes ont participé en 2013 aux cours donnés par la Municipalité concernant les jardins urbains ;

-l’amélioration de la qualité de la vie en environnement urbain est passée notamment, grâce aux associations de quartier, par la réhabilitation d’espaces sous utilisés ou dégradés dans différents quartiers ;

- en 2010 est née la Fédération Régionale des associations de quartiers de Madrid (la FRAVM), afin de promouvoir une meilleure interface entre les consommateurs et les associations de jardiniers, et d’influer sur l’administration dans la consécration d’espaces dédiés à la culture à inclure dans le Plan municipal de Madrid pour les jardins urbains.

Aujourd’hui 8 jardins sont administrés directement par la FRAVM et une douzaine de groupes ; il existe une communication constante avec l’administration locale pour mieux réguler ces initiatives de jardinage communautaire. En parallèle, à la fin de 2010, un réseau de jardins urbains a été consolidé, où 10 % de la population exerce une activité de jardinage domestique. Des expériences de jardinage communautaire mettent aussi en valeur les liens entre les associations de quartiers, les instances en charge de l’environnement, les enseignants et les élèves dans plusieurs centres sociaux. Une première étape pour analyser l’état actuel de ces jardins est d’étudier leur distribution spatiale dans les différents quartiers La répartition géographique des jardins est corrélée négativement à la densité de population dans le quartier, il y a plus de jardins dans les quartiers à faible densité de population. Bien que le principal obstacle à la création de jardins urbains soit l’espace disponible, il y a aussi d’autres barrières

Indicateurs de suivi 

2014) : institutionnelles (50 % des jardins que nous avons visités sont illégaux) ; économiques (66 % ne reçoivent aucune aide) ; les vols et formes de vandalisme : 60 % des jardins urbains sont victimes de vols, bien que certains considèrent qu’il ne s’agit pas à proprement parler de vols, ceux-ci étant commis sous l’emprise de la nécessité. Environ 50 % des jardins rencontrent aussi des problèmes de vandalisme. Cependant, les relations entre les voisins sont « très bonnes ou bonnes », de sorte que l’AU est bien acceptée socialement.

Les jardins urbains différent de l’agriculture traditionnelle car une grande majorité des jardiniers (85 %) ont adopté des pratiques de l’agriculture biologique : la plupart ont recours au compostage ; 87 % font leur propre compost et utilisent des moyens biologiques de contrôle des parasites. Le contrôle biologique des parasites consiste à utiliser des organismes vivants pour contrôler les populations d’un autre organisme. Environ 74 % des jardins font partie du réseau des jardins urbains madrilènes. Certains des groupes de jardiniers ont créé leur propre site web et sont présents sur différents réseaux sociaux.

La carte des jardins madrilènes (nombre de jardins par quartier

Analyse approfondie du cas sous étude en articulation avec la problématique de la durabilité urbaine

Les associations de jardins urbains offrent diverses activités pour les enfants, les adultes, les personnes âgées ou handicapées, selon les types de jardins. Formation et événements festifs sont annoncés sur les sites web des jardins, tels que des cours de taille des végétaux, d’agriculture biologique, de conduite d’une serre, de jardin thérapeutique, de plantation, de réhabilitation psycho sociale, des ateliers de jardinage.

Ces jardiniers urbains ont différents objectifs :

- Des objectifs sociaux : les jardins urbains sont considérés comme des lieux de rencontre favorisant la cohésion sociale. Ils facilitent le dialogue intergénérationnel, car les aînés transmettent aux plus jeunes des informations sur les variétés et la conduite des cultures, basées sur leur propre expérience. Ils ont aussi un rôle thérapeutique et peuvent être une voie d’intégration sociale.

- Des objectifs environnementaux : les jardins urbains favorisent le contact avec la nature et procurent un accès direct aux fruits et légumes. Ils peuvent aussi être le cadre d’activités en relation avec l’environnement. - Des objectifs économiques : la production alimentaire pour l’autoconsommation est une des principales raisons d’être des jardins urbains, même avec une productivité faible. La crise économique stimule la production de produits frais tels les fruits et légumes.

Leçons apprises et recommandations 

Une brève description des jardins à Madrid montre que la majorité des jardiniers payent une cotisation fixe et donnent une part de leur production à des projets solidaires. Ils fournissent aussi les autres jardiniers en graines, plants, substrats.

En tant que groupes communautaires, la plupart des décisions dans les jardins sont prises démocratiquement en assemblée et votées par les membres. Les remboursements de frais et les budgets sont très transparents.

L’AU, activité traditionnelle des villes, a été écartée des plans d’urbanisme durant les dernières décennies. Les modèles actuels de mégapoles ne sont pas durables et sont très vulnérables. Il y a donc nécessité de trouver des solutions et l’agriculture constitue l’une des alternatives viables. La PAC est l’objet de vives critiques et l’agriculture rurale sera à l’avenir moins aidée et moins régulée. Il existe un autre scénario, où des citoyens « rurbains » ont en commun un mode de vie urbain et une pratique de l’agriculture en ville. Assistons-nous à la « révolution silencieuse de l’agriculture urbaine » qui surmonterait les contradictions entre le rural met l’urbain ?

Références

[1]