CAMEROUN, les religions dans la ville : voisinages, concurrences et régulations

De Portail de l’initiative de la Francophonie pour des villes durables (IFVD)
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Source Pew Forum on Religious and Public Life, Sub-Saharan Africa Religion Database, préface 15 avril 2010.jpg
Une carte de la diversité religieuse qui omet le fait urbain
Pays Cameroun
Situation géographique 3° 52′ N, 11° 31′ E
Superficie (km2) 475 650
Population (Année de référence) 23 439 190 hab (2010)
Nom et adresse de l'auteur du cas  Maud Lasseur

 Présentation générale du cas

La pluralisation religieuse interroge les modes de territorialisation et de cohabitation d’acteurs et de groupes religieux particulièrement divers. Les principaux enjeux peuvent être dégagés à partir du cas du Cameroun. Ce pays de Constitution laïque, situé dans la zone soudano-guinéenne de fort pluralisme religieux, tout comme son grand voisin, le Nigeria, n’a pas connu, à la différence de ce dernier, de politisation conflictuelle de son champ religieux, en partie parce que l’opposition politique au pouvoir en place est restée essentiellement localisée à l’ouest du pays depuis l’indépendance, échappant aux instrumentations religieuses du clivage géopolitique Nord/Sud.

Contexte et justification

Selon le Global Religious Landscape 2014 publié par le Pew Forum Center, ce pays relève des États fortement pluralistes à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, avec 70 % de chrétiens, 18 % de musulmans et 11 % de non-affiliés ou affiliés à d’autres religions, notamment les religions dites traditionnelles, sans doute sous-estimées, et prophétiques (comme le Bureau Lumière du Père Soffo à Yaoundé). Frontalier du Nigeria, le Cameroun en reçoit les influences religieuses et participe à un champ religieux régional complexe et bouillonnant dont les chiffres globaux rendent peu compte, donnant l’illusion d’une certaine dualité entre une majorité chrétienne et une forte minorité musulmane alors que le christianisme comme l’islam constituent des mondes divers et fragmentés.

Source : Pew Research Center, Global Religious Diversity, 2014

Enjeux soulevés par le cas

Ce champ religieux régional est ancien, les circulations transnationales étant facilitées par les liens ethno-linguistiques et commerciaux de part et d’autre de frontières poreuses, à l’ouest (Nigeria) comme à l’est (Tchad, République Centrafricaine, Congo…), faisant du Cameroun un pays d’interface à la fois entre Afrique soudanienne et guinéenne, Afrique occidentale et centrale, Afrique anglophone et francophone. Les dynamiques de diffusion sont particulièrement fortes à la frontière Nigeria/Cameroun qui a constitué une frontière mobile au cours de l’histoire. Les actuelles régions camerounaises du North West et du South West correspondent en effet au Cameroun anglophone sous administration britannique de 1916 à 1961, période à laquelle la diffusion des premières églises pentecôtistes s’opère depuis le Nigeria et s’en trouve facilitée.

Source,Les Afriques au sud du Sahara, Géographie Universelle, 1994, p. 29..jpg

Problématique de la durabilité urbaine

Le christianisme au Cameroun se subdivise aujourd’hui entre une puissante Église catholique, dont l’implantation a acquis une envergure nationale mais qui dispose d’un foyer majeur autour du pays Beti et de la capitale politique, Yaoundé, des Églises protestantes anciennes fortement établies dans leurs multiples fiefs régionaux (baptistes dans la région Littoral, presbytériens dans le Sud et le Centre, évangéliques et luthériens dans le Grand Nord…) et une pléiade d’Églises pentecôtistes et charismatiques d’apparition plus récente et marquées par des logiques changeantes d’entraide et de compétition. Il en est de même dans l’islam où se singularisent diverses sensibilités de l’islam sunnite, de l’islam soufi confrérique, ainsi qu’une petite minorité chiite présente dans quelques villes. Si l’on ajoute, à l’absence de publication des statistiques religieuses issues des recensements, la grande diversité locale des formes d’alliances et de tensions entre ces acteurs religieux, on comprend qu’une approche empirique localisée reste le meilleur moyen de saisir les enjeux du pluralisme religieux, d’ailleurs fort variables d’une ville à l’autre.

Acteurs et perspectives de développement urbain

La première impression qui se dégage de l’observation du paysage cultuel des villes, et singulièrement des grandes villes comme Douala et Yaoundé, est celle de la profusion et de la mobilité. Alors que seules 47 dénominations, toutes obédiences confondues, sont officiellement reconnues au Cameroun elles possèdent, comme le veut la loi, la précieuse autorisation du Ministère de l’Administration Territoriale (MINATD) - dans les faits, il existerait environ 500 dénominations chrétiennes considérées comme illégales, mais en fait souvent en attente du décret de reconnaissance et plus ou moins tolérées. Au début des années 2000, le chercheur jésuite Éric de Rosny a relevé à Douala, la présence de 114 lieux de culte chrétiens relevant de 77 dénominations différentes (De Rosny, 2004). Lors d’un relevé du même type, effectué en 2006 à Yaoundé, j’ai pu dénombrer 376 lieux de culte non-musulmans, appartenant à 118 dénominations différentes (Lasseur, 2008).

  • La cohabitation d’un nombre aussi considérable d’acteurs religieux s’accompagne de leur montée en visibilité.

Celle-ci est multiforme, à la fois visuelle et sonore, transcendant et questionnant les limites entre espaces publics et privés. Elle passe d’abord par la profusion de lieux cultuels de toutes tailles et de toutes obédiences, moins en réponse à la nécessité de desservir les fidèles dans les différents quartiers urbains qu’à l’extrême fragmentation du champ religieux. Des églises et temples historiques coexistent avec d’innombrables édifices récents : les églises-maisons des pentecôtistes et charismatiques, parfois de simples « églises portatives », cohabitent avec des megachurches, les mosquées privées ou ethniques avec de nouveaux édifices de style arabe aux impressionnants minarets, comme celle du complexe de Tsinga à Yaoundé, don de l’État saoudien à l’État camerounais.

Les églises et temples urbains proposent généralement les horaires des cultes et messes en langue vernaculaire. La langue locale renvoie aux berceaux ethno-régionaux respectifs des diverses dénominations.

Orientations stratégiques

  • Les sources de financement de ces lieux cultuels restent fort diverses et mal connues.

Certains édifices soignés et standardisés, comme les temples des Témoins de Jéhovah et les mosquées récentes de tendance wahhabite, témoignent de financements extérieurs et de bâtisseurs travaillant vite et sur plan. Des édifices restent, à l’inverse, longtemps en chantier car, financés par la communauté locale, ils ont souvent été surdimensionnés, ce qui contribue à donner au paysage cultuel l’apparence d’un chantier permanent. Des lieux de sociabilité et des espaces publics ont aussi été largement investis ou réinvestis par les acteurs religieux : stades, cinémas, places… sont convertis périodiquement en lieux de prêche. Pancartes, affiches et banderoles sont également devenues le paysage banal de certaines « rues d’églises ». Le religieux n’est donc pas simplement présent dans l’espace urbain sous la forme de lieux communautaires réservés, à l’interface des espaces privé et public, il devient omniprésent sinon envahissant, les distinctions entre espace public, espace communautaire et espace privé étant largement brouillées.

Affichage des offices dans les langues des groupes ethno-régionaux à Yaoundé (Cameroun)

Moyens de mise en œuvre

L’absence de régulation de l’urbanisme cultuel, la présence de lieux de culte dans maints interstices du tissu urbain, montrent l’importance des logiques de production « par le bas », sur un mode informel, de la scène cultuelle urbaine. Traditionnellement, les édifices religieux étaient construits sur des dépendances du domaine national, par le biais de concessions octroyées par l’État. Aujourd’hui, les acteurs religieux préfèrent acheter ou louer des terrains à des propriétaires privés, ce qui interdit toute régulation publique. Bon nombre de lieux de culte de petite taille sont donc édifiés dans des maisons et appartements, au milieu des quartiers d’habitation, avec des impacts sur la tranquillité des habitants puisque ce n’est pas seulement l’espace visuel et matériel qui est ainsi investi, mais aussi l’espace sonore, surchargé de signaux religieux depuis la sonorisation des appels à la prière, qui remplace le paysage sonore traditionnel des cloches et du muezzin.

L’amplification du son (baffles le long des routes sur la devanture des églises pentecôtistes et au sommet des minarets des mosquées), ajoutée à la diversité des obédiences en milieu urbain, multiplient les moments d’appel au cours de la journée, allant parfois jusqu’à créer des exaspérations dans les quartiers d’habitat et des réactions des pouvoirs municipaux ou préfectoraux. Des guerres sonores adviennent aussi lorsque deux édifices concurrents se font face : ce fut le cas lorsque s’établit, en face de la grande mosquée de Tsinga, l’église pentecôtiste Réveil des Nations, dont le pasteur affirmait sans complexe utiliser les deux grosses baffles placées le long de la route pour signaler la présence de Jésus-Christ aux musulmans se rendant à la prière du milieu de journée.

Dans la petite antenne de la Deeper Life Bible Church de Maroua dans la région Extrême-Nord du Cameroun, les prêches sont retransmis par satellite.

Domaines prioritaires et axes stratégiques

  • Partager le territoire urbain : quelles régulations dans le champ religieux ?

La scène religieuse urbaine, en apparence chaotique, masque cependant des modes assez souples de compromis pour le partage religieux de l’espace urbain. L’établissement des lieux de culte n’échappe pas à la très forte concurrence pour l’usage du sol qui touche tous les établissements urbains. Cependant, ces lieux se distinguent par le fait qu’ils n’ont pas seulement une valeur d’usage mais sont aussi dotés d’une fonction symbolique, d’une signification forte jusqu’à devenir des hauts-lieux. Aussi les conflits fonciers peuvent-ils prendre, autour de l’établissement d’un lieu cultuel ou, à l’inverse, de sa destruction, une tournure dramatisée lorsque des groupes religieux se sentent discriminés par des décisions ressenties comme des formes d’injustice spatiale.

Chapelle de la Deeper Life Bible Church à Maroua (Cameroun)

Un long conflit a ainsi émaillé la construction du complexe islamique de Tsinga à Yaoundé. À la fin des années 1970, un terrain issu du domaine public avait été octroyé par le maire de Yaoundé pour la réalisation d’une grande mosquée du vendredi. Cependant, la mise en valeur de la concession n’ayant pas été réalisée dans les délais légaux au cours des années 1980, l’expropriation a été décidée et cruellement ressentie par les musulmans de Yaoundé.

En 1992, au moment des grandes mobilisations liées à la transition démocratique, de nombreux musulmans ont lancé des marches à Yaoundé pour réclamer ce terrain, dénonçant une politique discriminatoire à l’égard des musulmans de la part du régime Biya. La tension s’est apaisée lorsque le délégué à la communauté urbaine a octroyé un autre terrain. L’édifice qui y a été construit, intégralement financé par la monarchie saoudienne, fut achevé et inauguré en 1997. Mais, critiquent les musulmans, le terrain est plus petit et moins élevé en altitude.

Grande mosquée du complexe islamique de Tsinga à Yaoundé

Existence de programmes d'action

De tels conflits sont loin de toucher exclusivement la minorité musulmane dans une capitale politique considérée comme le haut-lieu du catholicisme au Cameroun. On peut évoquer les tensions autour de la question du déplacement du sanctuaire marial de Nsimalen, édifié sur un lieu auquel les chrétiens attribuent une apparition de la Vierge Marie en 1986, et qui donne lieu à d’importantes mobilités pèlerines, mais situé… au sein de l’enceinte de l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen. Ces conflits témoignent de la difficulté qu’il y a, pour les autorités, à réguler le foncier religieux au cours de conflits faisant parfois intervenir toutes sortes d’acteurs impliqués dans la fabrique urbaine. La faible transparence dans les procédures de reconnaissance des courants religieux ou dans l’attribution de parcelles publiques pour des usages cultuels alimente les soupçons de clientélisme et fait planer un fréquent sentiment d’injustice. De nombreux critères sont d’ailleurs utilisés par les fidèles et dignitaires pour évaluer la position de leur groupe religieux non seulement dans la ville mais aussi vis-à-vis du pouvoir politique qui la régule : le niveau de centralité de leur lieu de culte, le degré plus ou moins fastueux de l’architecture, la densité des lieux de culte de leur obédience ou d’une autre dans la ville…

  • Ségrégations socio-religieuses en question

Se pose également la question des ségrégations socio-religieuses dans la ville et, plus largement, de la manière dont cohabitent les groupes confessionnels dans les espaces urbains. Au Cameroun, une distinction se dessine entre des villes d’origine pré-coloniale dont la croissance et la pluralisation religieuse n’ont pas remis en cause les grandes lignes de ségrégations historiques, aboutissant à des modèles relativement fragmentés, et d’autres villes souvent plus récentes où c’est l’imbrication et l’apparent développement anarchique des lieux de culte qui l’emportent.

Maroua, peuplée de 700 000 habitants, est une ville ancienne, située dans l’Extrême-Nord, qui reprend un des modèles des villes soudanaises pré-coloniales signalé par l’historien Jean-Louis Triaud, celui d’une ville originellement dédoublée opposant la ville des marchands et lettrés musulmans à la ville du roi animiste. En 2008, et en dépit d’une croissance urbaine notable, Maroua restait organisée sur ce modèle de relative ségrégation socio-religieuse. Les quartiers musulmans, au centre et à l’est, correspondent à la ville peule historique (autour du palais du Lamido, de la grande mosquée et du marché) et à des quartiers musulmans desquels les édifices chrétiens et les bars à bil-bil (la bière de mil) sont quasiment absents. Dans la partie occidentale de la ville, on retrouve les quartiers résidentiels des groupes « païens » (Kirdi) plus ou moins christianisés ou encore des sudistes chrétiens mais aussi le quartier administratif, de nombreuses églises, des bars et des « circuits » (restaurants informels).

Maroua, ségrégations socio-religieuses

Jean-Louis Triaud voit, dans cette organisation, « un modèle historique de longue durée, celui par lequel, au cours des siècles (…), musulmans et animistes vont cohabiter, sur la base d’une tolérance réciproque et d’échanges de services profitables aux deux parties » (Triaud, 2003). De tels modèles, perpétués souvent du fait d’un contrôle social et foncier très étroit mené par les autorités politico-religieuses locales, ne sont pas la règle dans la partie sud du pays où l’encadrement local a été puissamment remodelé depuis l’époque coloniale et où la rapide urbanisation a favorisé des développements incontrôlés.

  • Le cas de Maroua montre qu’il est complexe d’associer ségrégation et conflictualité.

Les ségrégations résidentielles socio-religieuses n’empêchent pas le fonctionnement de l’économie urbaine comme un tout, les distinctions religieuses recoupant fréquemment des spécialisations et complémentarités professionnelles : par exemple, le commerce reste la grande affaire des musulmans, l’agriculture périurbaine celle des non-musulmans, ce qui n'empêche pas de nombreuses exceptions. Les relations sociales et échanges culturels peuvent également transcender ces discontinuités résidentielles. À Maroua, les structures caritatives catholiques sont par exemple bien présentes dans les quartiers musulmans et certains musulmans scolarisent leurs enfants dans les écoles privées catholiques, jugées de meilleur niveau.

Analyse approfondie du cas sous étude en articulation avec la problématique de la durabilité urbaine

Le cas de la ville de Foumban (environ 100 000 habitants), à l’ouest du Cameroun, montre que les régulations du pluralisme religieux s’avèrent souvent complexes et difficilement lisibles sur le mode binaire islam versus christianisme. Les croquis suivants synthétisent les logiques de production de la trame des lieux cultuels à la suite des compromis complexes qui s’opèrent entre acteurs religieux et pouvoir local.

  • Religions et centralité urbaine à Foumban

Le pays bamoun présente l’originalité d’avoir accueilli et intégré presque simultanément les opérations de conversion menées par des acteurs musulmans et chrétiens exogènes, au tournant du XIXe et du XXe siècles. Bien que le roi des Bamouns et une forte majorité de la population (environ 80 %) soient musulmans, presque toutes les familles comptent également des protestants (fidèles de la dénomination historique, l’EEC : Église Évangélique du Cameroun) et parfois des catholiques. Le roi actuel, le sultan Ibrahim Mbombo Njoya, « père de tous les Bamouns », se doit d’assurer les équilibres à l’intérieur de ce qui peut être qualifié de théocratie multiconfessionnelle, laquelle a connu de nombreuses périodes d’émulation et d’apparition de nouveaux courants religieux dès les années 1950-60 (implantation de la tijaniya puis du mouvement kun kunu ou coranite).

En dépit de l’affirmation de nouveaux acteurs religieux à partir des années 1980, les « sunnites » ou « wahhabites » (deux appellations locales pour désigner les réformistes) d’une part, les « nouvelles églises » pentecôtistes de l’autre, le sultan est resté l’organisateur des centralités et territoires religieux dans la ville, grâce à son autorité spirituelle mais aussi à son pouvoir d’attribution des terrains aux communautés religieuses dans la vieille ville. Dans le champ chrétien, l’opposition centre/périphérie suit d’autres logiques. Les Églises historiques, EEC et Église catholique, conservent leurs territoires locaux d’implantation, à bonne distance du cœur de la cité mais toujours dans la vieille ville.

Religions et centralité urbaine à Foumban

La colline de Njissé avait par exemple été laissée par le roi Njoya aux missionnaires protestants allemands à l’époque coloniale, à bonne distance du palais mais intra muros. Plus récemment, le pouvoir a laissé s’implanter de nouvelles églises pentecôtistes (dont la plus importante est la Mission du Plein Evangile, à l’entrée de la ville) mais dans des quartiers périphériques où elles occupent plutôt des terrains privés, en particulier dans le quartier de Nkounga en bordure de la vieille ville, où vivent de nombreux non-Bamouns. Ces églises sont couramment présentées comme des « églises de migrants », des « églises d’étrangers », bien qu’elles soient fréquentées également par des Bamouns. On voit donc se dessiner des logiques différenciées d’intégration des acteurs religieux à la cité par le pouvoir local, dont ne rend pas compte une lecture simpliste opposant musulmans et chrétiens. C’est bien plutôt les logiques d’autochtonie qui prévalent, ainsi que les choix de cooptation opérés par le pouvoir. Ces logiques déterminent pour une large part la capacité des mouvements religieux à accéder à la visibilité et à la centralité ou, à l’inverse, à rester cantonnées dans une relative marginalisation sociale et spatiale.

Religions et centralité urbaine à Foumban

Leçons apprises et recommandations

Conclusion: La pluralisation religieuse des villes ouest-africaines amène finalement à reconsidérer le rôle des acteurs religieux dans les modalités complexes de la production urbaine contemporaine voire dans la construction de la cité cultuelle (Bayart, Zambiras, 2015). La forte visibilité du religieux dans la ville et son dynamisme interdisent de n’en faire qu’un exotisme. La pluralité religieuse ne peut non plus être vue uniquement comme source de crispations identitaires. Les compromis, les négociations, les jeux qui lient acteurs religieux et politiques en vue d’aboutir à un territoire « juste », c’est-à-dire répondant aux usages cultuels et aux aspirations identitaires des divers citadins sont tout sauf simples. Cet enjeu n’est d’ailleurs pas propre aux villes ouest-africaines. Il fait écho à des questionnements travaillant également les sociétés urbaines occidentales, voire celles de toute grande ville.

Références

http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/fait-religieux-et-construction-de-l-espace/articles-scientifiques/le-pluralisme-religieux-dans-la-production-des-villes-ouest-africaines